Edito

Edito

 

Tout voir, tout jouir, tout avoir, tout consommer. Multiplier les relations immédiates, instantanées, annuler les distances, tout fondre, tout interconnecter. Tel est le programme d’une fatigante postmodernité occupée à nous vendre de l’expérience prête-à-porter, aussitôt faite et aussitôt défaite.

La norme ancienne consistait à s’abstenir et le bonheur n’était qu’une aspiration de philosophe, aujourd’hui la jouissance immédiate et universelle est devenue le crédo du consommateur-roi-toutes les satisfactions en un clic, un coup de fil. Du coup l’abstinence, la patience, l’abnégation, ne redeviennent-elles pas des valeurs et des attitudes originales ?…

À rebours du “tout tout de suite”, et en en détournant les outils, l’amour-œuvre d’Ela & Dimitri ne se consomme pas d’un trait comme on vide un verre pour se perdre, il se remplit d’œuvres au goutte-à-goutte pour se retrouver “ensemble”. Dans leur dialogue, l’instantanéité ne sert à rien d’autre qu’à délayer, repousser encore le moment supposé magique de la rencontre, censée précéder la “consommation” de l’acte amoureux, baiser ou baise… et c’est précisément cette double prise de recul, cette double mise à distance, qui vient laisser le temps, l’énergie, le loisir de construire les œuvres, les sentiments, et la relation dans sa richesse de formes, de temporalités, d’échos…

L’instant pur ne produit pas d’histoire. A l’inverse, la stratégie de l’attente – différer la jouissance, faire des moyens une fin et de la fin un moyen d’en reculer l’échéance – démultiplie les occasions d’entrouvrir les petites portes lointaines de l’éternité devant lesquelles se rassemblent patiemment tous ceux qui savent prendre le temps de s’aimer.

Ludovic Bablon.

 

A consulter également :

Partager